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Bibliographie et Innovation

Bibliographie et innovation

 

La notion de bibliographie semble réservée aux travaux académiques ou aux essais littéraires. Elle joue pourtant un rôle capital dans l’innovation. Voici pourquoi.

La bibliographie, un art millénaire

Une bibliographie est une liste comprenant des références de documents pertinents sur un domaine donné. Construire une bibliographie est un acte essentiel dans toute démarche ayant pour but de faire progresser la connaissance.

Une bibliographie repose sur un double besoin :

  • Identifier les connaissances antérieures pour éviter de réinventer : nanos gigantum humeris insidentes (« des nains sur des épaules de géants »), c’est en se reposant sur les connaissances antérieures que l’on fait progresser le savoir. La bibliographie est à la fois une démonstration de force et d’humilité : faire étalage d’un socle de connaissances, mais aussi en reconnaître et attribuer la paternité;
  • Justifier que  l’on produit des connaissances nouvelles, par exemple dans le cas d’une thèse de doctorat ou d’un brevet qui nécessitent de bien identifier dans la bibliographie la connaissance préexistante afin de faire ressortir l’originalité de la thèse, la nouveauté ou l’activité inventive du brevet.

Nous ne commenterons pas l’utilisation de la bibliographie pour d’autres usages tels que la mesure de la performance académique qui nécessiterait un développement entier.

De nombreux outils existent pour faciliter la tâche des étudiants ou des chercheurs dans l’établissement d’une bibliographie. Baptisés outils de ‘référence management’, ils permettent de faciliter la constitution d’une bibliographie – en respectant certaines règles précises et codifiées par exemple dans la citation des textes collectés – . EndNote, Mendeley ou Zotero facilitent ce travail en permettant de collecter, structurer, sauvegarder et partager la bibliographie ainsi établie.

L’Open Innovation, une pratique récente

Dans une démarche d’innovation, la bibliographie est tout aussi essentielle : identifier les connaissances, tirées par exemple de publications ou de brevets, qui permettent l’émergence de nouvelles idées sur une base solide et argumentée. La production d’idées nouvelles – ou la remise en cause d’idées préconçues – sont évidemment clés dans l’innovation. Cette démarche doit s’appuyer sur une bonne connaissance de l’existant. La démarche d’innovation est par exemple très bien représentée par la théorie C-K, qui explicite et modélise comment une démarche de conception innovante oscille entre Concepts (C) et Connaissances (K).  La bibliographie est donc une contribution clé à l' »espace K », à l’ensemble des connaissances ; les concepts, qui génèrent le besoin de connaissance ou qui en sont issus, permettent d’identifier les opportunités d’innovation.

Plus d’informations sur la théorie CK :

http://www.idexlab.com/blog/fr/innovation-ouverte-theorie-c-k

Depuis quelques années, l’essor de l’Open Innovation, rendu possible grâce au développement de technologies de l’information et de la communication, n’a fait que souligner le besoin d’intégrer les connaissances préexistantes – la bibliographie – dans toute démarche d’innovation. Il a aussi stimulé l’émergence de nouveaux outils. Ceux-ci doivent à la fois intégrer le besoin d’établissement rapide d’une bibliographie en même temps qu’un besoin de mise en action. Cette mise en action se traduit souvent par une mise en relation avec des experts extérieurs à l’entreprise, qui ont des savoir-faire que l’entreprise ne possède pas.

Nouveaux usages, nouveaux outils

 

Face à ce contexte nouveau, des plateformes spécialisées dans l’Open Innovation ont vu le jour. Destinées à un public d’innovateurs, au croisement d’outils de constitution de bibliographie et d’outils de mise en relation (d’intermédiation) entre entreprises innovantes et experts, elles doivent donc s’adapter à ces nouveaux besoins.

Permettre rapidement d’établir une bibliographie avec les sources d’informations pertinentes et fiables (l’état-de-l’art), de collecter et structurer l’information, de la sauvegarder et de la partager, mais surtout de s’insérer dans une démarche de conception innovante, tels sont les challenges que doivent relever ces plateformes pour permettre aux entreprises de tirer profit de l’Open Innovation.

C’est ce défi que relève une plateforme comme celle d’ideXlab : faciliter l’accès à la connaissance, stimuler la conception innovante et accélérer la mise en œuvre. À la disposition de tous les publics d’innovateurs : étudiants, individus passionnés, petites et grandes entreprise innovantes. Essayez-la, contactez-nous, votre feed-back nous est précieux.

www.idexlab.com

Pour plus d’informations sur les entreprises pratiquant l’open innovation :

http://clubopeninnovation.fr

http://www.entreprises.gouv.fr/innovation-ouverte

La science et l’apprentissage de la musique

La science et l’apprentissage de la musique

 

Je ne me lasse pas de cette video de Bobby Mc Ferrin lors de son passage chez TedX. En moins de trois minutes, on voit le chanteur apprendre, avec humour, à plusieurs centaines de personnes à chanter ensemble un morceau de musique complexe… Elle va nous permettre d’illustrer un cas original de lien entre musique et science.

Cette video m’étonne et me fait rire à chaque fois !

Les moyens utilisés par Bobby Mc Ferrin pour enseigner la musique sont pourtant étonnamment réduits. Il ne parle pas à son public, il n’a pas besoin de mots. Il se contente de chanter et de bouger sur la scène et l’appropriation de la musique est immédiate. Un premier saut met le chant en mouvement; un saut de côté permet de faire chanter les gens un ton au dessus; un saut de l’autre côté fait chanter un ton au dessous. Non content de communiquer le plaisir de faire de la musique ensemble à son public, Bobby Mc Ferrin le fait avec humour et gentillesse.

 

L’absence de mots dans son enseignement est l’une des raisons qui expliquent que cet apprentissage de la musique fonctionne avec tous les publics qu’il a pu côtoyer à travers le monde. L’autre raison tient probablement au fait que la gamme utilisée par Bobby Mc Ferrin pour faire chanter la salle est une gamme de cinq notes quasi universelle, la gamme pentatonique. Cette gamme est en effet utilisée, avec des nuances, dans de nombreuses musiques de cultures orientales et occidentales.

 

Mais Bobby Mc Ferrin n’est pas le seul à s’intéresser à la gamme pentatonique. Les applications de celle ci dépassent la musique. La science aussi s’y intéresse pour des applications surprenantes, c’est ce que nous avons découvert en utilisant le moteur de recherche d’ideXlab. Celui-ci permet rapidement de se faire une idée de l’état des connaissances – ce que nous dit la science-  dans des domaines très variés, y compris en rapport avec la musique, comme par exemple les dernières découvertes concernant les gammes pentatoniques.

 

Voyons donc un exemple de ce que nous dit la science.

 

Une équipe de chercheurs en neurosciences de l’Université de Chengdu et de l’Académie des Sciences de Shanghai en Chine « écoutent » l’activité du cerveau en la traduisant sous forme de musique. Pour ce faire, ils mesurent l’électroencéphalogramme (EEG) et le traduisent en notes de musique dont la hauteur, la durée et l’intensité sont calculées par une transformation mathématique de l’EEG. Dans des travaux récents, ils ont appliqué cette méthode de production de musique séparément à l’hémisphère droit et à l’hémisphère gauche du cerveau, puis ils ont superposé les lignes mélodiques des deux hémisphères.  Ils ont utilisé alternativement une gamme heptatonique (la gamme à 7 tons la plus utilisée dans la musique occidentale: do ré mi fa sol la si) et une gamme pentatonique. Les travaux (la science…) démontrent, en appliquant cette technique à des patients endormis, que la gamme pentatonique conduit à une meilleure différentiation des phases du cycle de sommeil. Elle produit ainsi une musique – générée par les ondes du cerveau – qui est plus harmonieuse que la gamme heptatonique ! Les auteurs ne vont pas jusqu’à dire que la science démontre ainsi que la gamme pentatonique est plus harmonieuse ou universelle que la gamme heptatonique.

infographie science gamme pentatonique idexlab musique cerveau

 

Bien sûr, ces travaux n’expliquent pas l’efficacité de l’apprentissage proposé par Bobby Mc Ferrin. Mais ils illustrent les passerelles grandissantes entre la musique et la science, qu’elles soient cognitives, médicales, physiques, etc.

 

On peut se demander qui bénéficie de ces passerelles : la pratique artistique, par injection de connaissances nouvelles comme on le voit dans cet exemple sur la musique, ou au contraire la science, qui s’enrichit ainsi de poésie et d’humanité ?

 

http://link.springer.com/article/10.1007/s12264-013-1334-y

Open Source VS Open Innovation

Open Source VS Open Innovation

On nous demande souvent la différence entre Open Innovation et Open Source. Et de nombreuses personnes confondent les deux. Essayons de tirer au clair les liens entre ces notions. Nous en profiterons pour en introduire d’autres (Open Hardware, Open Data, Open Access,…)

L’Open Source

Commençons par le mouvement Open Source, puisqu’il est antérieur à l’Open Innovation. Ce mouvement voit le jour dans les années 80 autour du MIT aux Etats-Unis. Il constitue une réaction face à l’essor des éditeurs de logiciel qui ont vu le jour au cours de la décennie précédente. Ceux-ci développent les logiciels indépendamment des constructeurs de matériel et les vendent contre des licences. Ils protègent donc leurs produits et il devient souvent impossible de modifier les logiciels ainsi créés. Richard Stallman, alors chercheur au MIT, réagit contre une tendance contraire à la philosophie d’entraide et de partage de la communauté de développeurs et crée un projet appelé GNU et ayant pour but de créer un système d’exploitation « libre ». Il crée une fondation (Free Software Foundation) et écrit un manifeste pour encourager d’autres développeurs à le rejoindre. Le premier succès visible de cette initiative sera le système d’exploitation Linux qui est par exemple aujourd’hui utilisé dans tous les Smartphones reposant sur Androïd.

 

Quelques années plus tard, en 1998, l’Open Source Initiative (OSI) voit le jour en Californie. Cette initiative a en particulier pour but de lever l’ambiguïté du terme anglais « free », qui signifie « libre » mais aussi « gratuit ». Les promoteurs de l’Open Source ne nient pas l’économie autour des ces logiciels. En revanche, celle-ci reposera sur des services payants (maintenance, améliorations, utilisation,…) proposés autour de logiciels dont les licences sont gratuites. L’OSI clarifie la définition de l’Open Source et codifie les conditions nécessaires pour qu’une licence soit considérée comme compatible. Par exemple, celle-ci doit autoriser les modifications et les applications dérivées, et elle doit permettre leur distribution sous les mêmes termes que ceux de la licence du logiciel original.

L’Open Innovation

Le terme Open Innovation est apparu en 2003 dans un livre publié par Henry Chesbrough. L’Open Innovation regroupe des pratiques de l’innovation s’appuyant délibérément sur l’extérieur de l’entreprise, pour en améliorer l’efficacité ou pour mieux valoriser les efforts d’innovation fournis en interne. Chesbrough effectue dans son livre une synthèse de pratiques qui ne sont pas nouvelles. Par exemple, le recours à la connaissance extérieure via des « gatekeepers » est déjà identifié par Thomas Allen dans les années 60. Von Hippel dans les années 80 identifie le recours à des utilisateurs avancés (« lead-users ») pour développer des innovations de rupture. Globalement, l’Open Innovation promeut le développement de flux de connaissances et d’idées lors du processus d’innovation :

  • entre l’entreprise et son environnement, afin de permettre un meilleur partage des risques et des gains avec des partenaires extérieurs;
  • à l’intérieur même de l’entreprise, afin de permettre une plus grande mobilisation de tous les collaborateurs de l’entreprise.

 

Selon nous, les vraies nouveautés liées à l’Open Innovation n’étaient pas encore pleinement en action lorsque le terme a été inventé : il faut plutôt chercher dans le développement des technologies de l’information et de la communication, qui facilitent les flux d’information, pour trouver des outils et pratiques nouvelles. Ils s’appuient sur les réseaux sociaux, les outils du e-commerce, les technologies du web sémantique, les données mises en libre accès (Open Access, Open Data), etc.

Différences

Des introductions précédentes, il est évident qu’Open Source et Open Innovation sont des notions très différentes. Citons quatre différences importantes.

  1. Tout d’abord quant aux objets concernés : le logiciel pour l’OS; tout type de produit ou service pour l’Open Innovation. Cette différence pourrait partiellement s’estomper dans les années à venir puisque la production d’objets physiques est à présent représentée au travers par exemple des Open Source Appropriate Technologies (OSAT), ou, plus récemment, de l’Open Source Hardware
  2. Ensuite sur le cadre économique et légal proposé. L’Open Source définit un cadre d’échange économique ainsi qu’une politique de propriété intellectuelle. L’Open Innovation laisse ces questions totalement ouvertes. Rien par exemple ne définit les conditions de participation, dans un challenge d’Open Innovation, d’un « lead-user » ou d’un expert apportant leur contribution.
  3. Le poids des acteurs. Les conditions d’échange précédentes sont donc souvent définies par une grande entreprise ou par un intermédiaire spécialisé dans l’Open Innovation. Ces intermédiaires n’existent pas vraiment dans l’Open Source puisque la production et la mise à disposition du code peut se faire via des serveurs informatiques (forges, repositories).
  4. Enfin la diversité des contextes de l’Open Innovation est immense, là où l’Open Source traite de développement ou d’amélioration de logiciels. Les entreprises utilisent l’Open Innovation aussi bien pour des projets très amont (idéation, concours d’idées), la résolution de problèmes, l’amélioration de produits existants, le montage de projets de recherche, etc.

 

Points communs

Mais il existe aussi des points communs forts entre les deux notions. Nous en citerons 4.

  1. Le déplacement des frontières de l’entreprise. Les deux approches remettent en cause le périmètre de l’entreprise traditionnelle, privilégiant la collaboration, le partage, la décentralisation. Ils abaissent les barrières de langue et de géographie (bien qu’il y ait une forte domination de l’anglais et des Etats-Unis), permettent une circulation mondiale des idées et de l’information;
  2. L’Open Innovation et l’Open Source valorisent ce qu’on appelle aujourd’hui l’intelligence collective, reconnaissent que « le tout est plus que la somme des parties », que la diversité, l’indépendance et la décentralisation des opinions et des idées permises par internet donnent accès à une richesse qui était difficile à mettre en œuvre auparavant;
  3. Un élément de motivation important est le souci d’œuvrer pour le bien commun. Ce souci est sans doute plus fort dans le mouvement Open Source (et surtout dans le Free Software), mais on retrouve souvent cette motivation chez les participants aux process d’Open Innovation, qu’il soient experts, collaborateurs d’entreprises ou individus ;
  4. Les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle clé, tant dans l’accès à l’information et à la connaissance, dans la production et la prolifération des données ou dans la circulation des idées. L’Open Access promeut la libre mise à disposition de contenus numériques et en particulier dans le domaine des publications issues de la recherche. Ceci permet une plus vaste diffusion et critique des idées scientifiques et, partant, un progrès plus efficace de celles-ci.

open source vs open innovation idexlab infographie

Des convergences possibles ?

Les différences sont-elle amenées à disparaître et les deux notions, l’Open Source et l’Open Innovation pourraient-elle converger ? Nous avons vu que l’Open Source s’est concentré au départ sur le logiciel / software mais inspire d’autres mouvements vers le produit / hardware. D’autre part, l’absence totale de cadre proposé par l’Open Innovation en l’état actuel est une faiblesse, aujourd’hui compensée par exemple par des intermédiaires, mais il serait sans doute opportun de lancer une réflexion sur quelques règles communes visant à protéger les intérêts des contributeurs d’idées, d’informations et de connaissances.

 

Gageons que les points communs qui réunissent les deux pratiques, et qui s’expriment dans bien d’autres domaines, constituent un socle suffisamment solide pour faire évoluer la théorie et la pratique de l’Open Innovation, concept encore jeune et en manque de repères.

LE BON EXPERT

QU’EST-CE QU’UN BON EXPERT ET COMMENT LE TROUVER ?

Les experts sont indispensables à nos entreprises, en particulier pour celles qui souhaitent innover. Innover nécessite souvent, partant d’attentes du marché et des clients, de répondre à des questions nouvelles. Les experts détiennent un savoir lié à leur éducation, leur expérience et leur pratique. Ils peuvent donc proposer des solutions pertinentes à ces questions lorsqu’elles relèvent de leur champ d’expertise. Il sont l’incarnation de l’état-de-l ‘art dans leur domaine. Les entreprises qui cherchent à innover ont besoin d’eux. Ne pouvant maîtriser tous les domaines en interne, il faut pour ces entreprises apprendre, dans notre monde connecté, à solliciter les experts externes qui pourront leur permettre d’avancer. C’est à ce besoin que s’adressent des plateformes d’innovation et de détection d’experts telles que celle d’ideXlab.

Cependant, trouver les bons experts pour un domaine donné ne va pas forcément de soi. Et d’ailleurs, qu’appelle-t-on au juste un « bon » expert ? Comment le détecte-t-on ?

Le « bon » expert

 

Nous pouvons illustrer notre réponse à la première question grâce à l’infographie et au diagramme de Venn ci-dessous.

 

le bon expert

Les experts pouvant répondre à une question posée par une entreprise doivent posséder trois qualités : être compétents, bien sûr ; être disponibles pour interagir avec celle-ci ; avoir l’ouverture pour adapter leur compétence à la problématique de l’entreprise.

Disponibilité. Il arrive fréquemment de trouver un expert qui semble sur le papier idéal, mais qui n’est pas disponible: il n’a pas le temps ou simplement l’envie de s’impliquer. Ce manque de disponibilité, rédhibitoire, le réduit à l’état de fantasme pour le demandeur. Einstein à son époque aurait certainement fait le bonheur de centaines d’entreprises mais était bien trop sollicité pour leur consacrer du temps. Aujourd’hui, certains professeurs d’université par exemple qui font autorité dans leur domaine n’auront pas une minute à consacrer à des entreprises en quête de réponses.

Ouverture. Certains experts manquent aussi de l’ouverture nécessaire à ce type d’exercice. Il est en effet rare que la question posée recoupe exactement les domaines maîtrisés par l’expert. Il faudra que celui-ci examine attentivement la question avant d’adapter sa réponse au contexte de l’entreprise, qu’il fasse preuve d’empathie et d’écoute. Il lui faudra peut-être accepter de s’adjoindre d’autres compétences, par exemple pour industrialiser sa solution. Sinon il proposera une réponse dogmatique et théorique qui sera au final difficile intégrer pour celle-ci. Ces qualités, que l’on rencontre souvent dans cette population, ne sont cependant pas systématiques.

Compétence. Enfin, la prolifération de plateforme ouvertes permettant à chacun – experts comme non experts – de proposer des solutions à des problèmes, et permettent donc à des individus curieux et disponibles de proposer leurs services. Malheureusement, leurs propositions sont souvent une perte de temps pour l’entreprise à l’origine de la question, faute d’avoir la profondeur nécessaire pour apporter une réelle valeur ajoutée. De plus, la compétence repose sur un savoir qui n’est pas absolu et qui peut être controversé : une connaissance réputée vraie à une époque donnée peut par exemple être réfutée par l’avancée de la science. Il est donc recommandé de ne pas s’entourer que d’un seul expert compétent, mais de solliciter plusieurs opinions pour faire un choix voire pour monter une collaboration avec plusieurs experts.

Le ‘bon’ expert réunira donc ces trois qualités : disponibilité ouverture, et compétence.

Comment trouve-t-on les ‘bons’ experts ?

Nous nous efforçons, dans la plateforme ideXlab, de prendre en compte les trois qualités citées ci-dessus.

La compétence d’abord, est assurée par l’analyse des traces laissées par les experts que nous sollicitons. Ces traces par exemple sont le fruit de publications scientifiques relues par des pairs (« peer-reviewed« ) ou par d’autres experts (dans le cas des brevets) garantissant un contenu de grande qualité. La compétence de nos experts est évaluée automatiquement par nos algorithmes et prend en compte des données bibliométriques et leur environnement de réseau social.

La disponibilité ensuite : nous contactons simultanément plusieurs experts qui sont soigneusement sélectionnés, mais aussi rarement sollicités du fait de leur nombre (plus de 10 millions à travers le monde) et de la finesse d’analyse de nos algorithmes. Trop de plateformes aujourd’hui contactent trop souvent un nombre trop restreint d’experts. La qualité de leurs réponses se dégrade au fil du temps. Les experts qui répondent aux sollicitations d’ideXlab le font parce qu’ils sont intéressés par la question qui leur est posée et parce qu’ils jugent pouvoir dégager la ressource pour y répondre ou contribuer. Les autres – non intéressés, non disponibles – ne prennent pas la peine de répondre et c’est très bien ainsi !

L’ouverture enfin : nous calibrons nos campagnes d’engagement d’experts de manière à interagir systématiquement avec plusieurs d’entre eux afin de garantir une diversité de réponses ou d’opinions. L’interaction facilitée par la plateforme permet aussi de comprendre très vite, sur la base de questions simples, le degré d’ouverture de l’expert et sa capacité à s’adapter au contexte de l’entreprise. Le ‘bon’ expert est la ressource rare de l’entreprise innovante et compétitive du 21ème siècle. Fort heureusement, les technologies actuelles permettent de faciliter leur identification et la mise en relation. C’est un pas significatif vers une collaboration plus gratifiante et efficace entre l’industrie, le monde académique et le monde des experts de manière générale.

Le Tricorder : une réalité grâce à l’open innovation ?

Le Tricorder, une invention de Star Trek

La série Star Trek a inventé un appareil, le Tricorder, qui passait assez inaperçu jusqu’à ce que Qualcomm décide de créer un challenge d’Open Innovation qui le met sur le devant de la scène. Dans la série TV, le Tricorder permettait -entre autres- d’établir un bilan de santé de son utilisateur en moins de 30 secondes.

Avec la prolifération de montres, bracelets et applications permettant de mesurer des paramètres physiologiques, il n’est pas étonnant que le Tricorder ait attiré l’attention d’une entreprise, Qualcomm, jouant un rôle leader dans les technologies mobiles.

Contenues dans une boîte parallépipédique de la taille d’un auto-radio, les principales fonctionnalités du Tricorder étaient la détection, le stockage et l’analyse de données de natures diverses. L’appareil permet ainsi, dans la série TV, de fournir des premières informations sur des zones ou créatures inconnues. Une version particulière du Tricorder pouvait être utilisée par le médecin du vaisseau afin de mesurer des paramètres de santé des membres de l’équipage à l’aide d’une sonde détachable . C’est cette version du Tricorder qui a inspiré Qualcomm.

De la science fiction à la réalité

De nombreux paramètres de santé sont aujourd’hui facilement mesurables tels que la pression artérielle, le rythme cardiaque ou la température.

De nombreuses technologies implicitement utilisées par le Tricorder ont aussi fait des progrès considérables : les capteurs sans fil, l’analyse des données et leur représentation interactive, l’intelligence artificielle et bien sûr les diagnostics basés sur la collecte de données physiologiques. La combinaison de ces technologies permet d’envisager de faire du Tricorder une réalité et de contribuer à détecter des  conditions telles que l’anémie, le diabète, certaines formes d’hépatite, l’apnée du sommeil, etc.

Il est cependant complexe d’intégrer toutes ces technologies dans un appareil à la fois fonctionnel et accepté par l’utilisateur. Les tentatives actuelles de bracelets ou montres ayant des applications dans la santé sont bien moins ambitieuses que le Tricorder. Elles mesurent quelques paramètres physiologiques et montrent bien qu’il faut à la fois combiner des technologies sophistiquées et un design acceptable par les utilisateurs. Il n’est pas envisageable de proposer un Tricorder dans sa version Star Trek si l’on souhaite une large adoption ! Il sera nécessaire de faire preuve d’une grande créativité dans le design et l’intégration de cet appareil du futur.

L’Open Innovation, une méthode et un accélérateur

C’est là que l’Open Innovation intervient. Afin de faire rapidement du Tricorder une réalité, Qualcomm, appuyé par la fondation xPrize, propose un prix de 10 millions de dollar à l’équipe qui en proposera la meilleure réalisation. Beaucoup de liberté est laissée aux équipes sur l’aspect que prendra le Tricorder. Quelques grandes directions sont fournies sur, par exemple, le poids maximum envisagé (moins de 2 kilos) et les maladies et conditions à détecter. Mais une grande latitude est laissée aux équipes sur la forme et l’usage du Tricorder : avec ou sans écran; pour une utilisation quotidienne ou occasionnelle; couplé ou non à un smartphone; etc.

Le calendrier est très serré : des premiers tests auprès d’utilisateurs et sur l’efficacité des diagnostics sont prévus dans la seconde moitié de 2015 avec une cérémonie d’attribution du prix début 2016.

Bien sûr, le prix de 10 millions proposé est un incitatif puissant. Mais parions aussi que les équipes qui sauront le mieux intégrer l’esprit de l’Open Innovation seront aussi les plus efficaces.  Il faudra en effet à la fois aller vite chercher les bonnes expertises dans des domaines technologiques et médicaux très variés, et aller à la rencontre des utilisateurs pour avoir leur réaction.

C’est à ces conditions que la meilleure équipe fera du Tricorder un succès… et des créateurs de Star Trek des visionnaires !